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Rainbow Rocket

Le bloc le plus cool du monde

- Je passe en coup de vent, Chef, aujourd’hui ! Pas de café ni de dessert. Voyons le plat du jour… Raviolis ricotta et épinards ? Parfait, je te les prends à emporter car cette après-midi je vais grimper en forêt.
- Pas de problème, je te les réchauffe. Ça se mange plus rapidement que ça ne se prépare, les raviolis !
- C’est toi qui les as faits ? Ah ! je devine que oui, quand ils sont bien gros et bien charnus comme ça, c’est le signe qu’ils sont faits maison.
- Oui, intégralement. La pâte et la garniture. Je m’en suis occupé hier après-midi, j’avais du temps. 
- Tu as fait ça pendant ton dimanche après-midi, ton seul jour de fermeture ? Il faut savoir se ménager un peu, Chef. Tu connais le proverbe : qui veut voyager loin ménage sa monture !

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© Stéphan Denys

- Moi le repos, ça me fatigue. Qu’est-ce que tu vas faire, comme escalade, cette après-midi ? Tu as l’air très motivé !- Oui, je vais essayer un bloc qui me résiste, je suis excité parce que j’ai envie de prendre ma revanche.

" pour réussir, il faut sauter, et, pendant que tu es en l’air, reprendre appui sur la prise de départ avec le pied" 

- Tu vas essayer un seul caillou pour l’après-midi entière ? 
- Oui, souvent, quand on commence à rechercher la performance, c’est comme ça que ça marche. On ne va plus grimper directement pour s’amuser en escaladant de nombreux blocs ou voies les unes après les autres. Au contraire, on a un objectif précis en tête et on le travaille pendant plusieurs heures d’affilée. Et si ça ne marche pas, on revient la séance suivante, et puis la suivante encore, jusqu’à y arriver. Mais aujourd’hui, j’ai bon espoir, car, la dernière fois, je suis passé à un cheveu de la croix. J’aurais réussi si un ami ne m’avait pas fait une sale blague en cachant une peau de banane en haut du bloc !
- Ah ! Ça va marcher alors. 

- J’espère, mais ce n’est pas si sûr. C’est une escalade très aléatoire, composée d’un seul mouvement, où il faut se jeter d’une prise à une autre. Tu peux te sentir bien dedans un jour et, sans comprendre pourquoi, ne plus y arriver le lendemain… Cela peut être frustrant. Mais ce bloc, Red Rocket de son petit nom, est tellement bien que ça me motive quand même.
- Qu’est-ce qui te fait dire qu’il est si bien que ça ? 

" des gens viennent du monde entier pour l’escalader ! C’est un pèlerinage." 

- Tu me rajouterais une petite poignée de raviolis, Chef, dans la gamelle ? J’ai besoin d’énergie pour cette aprem ! Comme ça, parfait, pas plus, merci beaucoup. Pourquoi il est si bien que ça, ce bloc, me demandes-tu ? Eh bien parce que la gestuelle à exécuter est incroyable. Tu pars d’une très bonne prise, mais, le problème, c’est que la suivante est presque trois mètres plus haut. Entre les deux, le mur est parfaitement lisse. Alors, pour réussir, il faut sauter, et, pendant que tu es en l’air, reprendre appui sur la prise de départ avec le pied pour redonner une impulsion vers le sommet. En fait, sur le même mur, il y a deux blocs côte à côte qui proposent ce même mouvement. Le plus célèbre n’est pas celui que je vais essayer aujourd’hui, mais son voisin, Rainbow Rocket, qui est un tout petit peu moins difficile. 

" ce n’est pas la nature qui a façonné son profil unique, mais les carriers qui exploitaient le grès de Fontainebleau au XIXe siècle. " 

- Tu veux dire que des rochers comme ça peuvent être célèbres ? Tiens, voilà ta gamelle.
- Celui-ci est tellement beau, tellement rare, tellement spectaculaire, tellement tout ça que des gens viennent du monde entier pour l’escalader ! C’est un pèlerinage. Ironie de l’histoire : tous ces grimpeurs ne savent pas que, si ce bloc résulte bien d’un fabuleux hasard, ce n’est absolument pas la nature qui a façonné son profil unique, mais les carriers qui exploitaient le grès de Fontainebleau au XIXe siècle.  Allez, sur ces entrefaites, Chef, je te salue, et je te dis à demain.
- Demain, Lucien, je suis fermé, je vais visiter une caravane. Je n’ai pas encore de réponse de l’assurance pour le remboursement, mais je prends les devants, il va bien falloir que je retourne sur la place un jour ou l’autre.

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